Chiffres OCDE

APD : une hausse artificielle et mal orientée

L’OCDE publie aujourd’hui les chiffres officiels de l’aide publique au développement (APD) délivrée en 2018 par les principaux bailleurs, dont la France. A cette occasion et suite à la journée mondiale de la santé célébrée ce week-end, Action Santé Mondiale met en regard ces chiffres de l’APD globale française et l’aide spécifique que les principaux bailleurs européens apportent en santé. 

Des tendances similaires et inquiétantes apparaissent.

L’APD totale de la France en 2018 : loin des promesses présidentielles, une APD gonflée artificiellement

La France ne respecte pas ses engagements avec seulement 0,43% de la richesse nationale allouée à l’APD en 2018, soit en deçà des engagements gouvernementaux fixés à 0,44% cette même année dans le but d’atteindre 0,55% à la fin du quinquennat.

Ce passage à 0,43% acte une faible hausse de 500 millions d’USD par rapport à 2017. Cette hausse timide n’est pas le reflet d’un véritable effort budgétaire mais d’une augmentation artificielle liée à une flambée ponctuelle des prêts aux banques multilatérales qui n’orientent pas prioritairement leur fonds vers les secteurs sociaux.

Ces deux tendances font échos à celles que l’on trouve en matière de santé chez les principaux bailleurs européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, institutions européennes) jusqu’en 2016 comme le montre l’étude d’Action Santé Mondiale : non seulement la part de l’aide en santé de ces grands bailleurs diminue ce qui prouve que la hausse globale de leur aide n’a pas bénéficié à la santé, mais en plus les instruments de prêts sont favorisés, ainsi que l’aide à destinations des pays les plus riches.

L’aide en santé des principaux bailleurs européens : des tendances similaires inquiétantes

En effet, alors que nous sommes en retard pour atteindre les cibles santé des Objectifs de développement durable (ODD), notre analyse montre que la part de l’aide allouée à la santé a tendance à diminuer. Malgré une forte priorisation internationale des problématiques sanitaires depuis le début des années 2000 et renforcée par l’avènement de l’Agenda 2030, on observe une tendance générale à la diminution des financements en faveur de la santé mondiale pour la France, l’Union européenne et le Royaume-Uni en moyenne depuis 2014/2015. C’est un constat particulièrement alarmant pour l’atteinte de l’ODD 3 d’ici 2030.

Bien que la santé soit une priorité de sa politique de développement, la France reste très éloignée de la recommandation de la commission Macroéconomie et Santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’accorder 0,1% de son revenu national brut (RNB) à l’APD santé. Selon notre méthodologie, cette part atteint 0,042% du RNB en 2016, soit moins de la moitié. D’après nos estimations, si la France souhaite mettre en œuvre cette recommandation, il est indispensable qu’elle consacre au moins 15% de son APD à la santé mondiale en dons d’ici 2022.

Parmi les 4 donateurs étudiés, notre analyse montre également en moyenne un changement dans les modalités et les récipiendaires de l’aide en santé avec une augmentation des prêts et une plus forte priorisation des pays les plus riches. Comme l’Allemagne, la France a sensiblement augmenté la part des prêts dans son APD santé depuis 2012 : alors qu’elle était composée de 100% de dons en 2007, notre analyse montre que ce chiffre est tombé à 90% en 2016. Cette dynamique est d’autant plus inquiétante qu’elle change non seulement la manière de faire de l’aide en santé mais également les pays récipiendaires de cette aide, la grande majorité des prêts étant destinée à des pays à revenu supérieur intermédiaire. La progression des prêts se fait donc au détriment des pays les plus pauvres, pourtant priorisés au sein de la politique française de développement, notamment dans un contexte de baisse de l’aide en santé. Cette tendance française s’oppose aux modèles britannique et européen, dont l’aide en santé est presque entièrement composée de dons.

Par ailleurs, cette tendance est également valable pour l’aide santé bilatérale en dons puisque sa part accordée aux pays à revenu intermédiaire supérieur a augmenté chez les 4 donateurs de 2014 à 2016. Pour la France et l’Union européenne, sa part accordée aux pays à faible revenu a même diminué pendant cette même période.

En matière de mise en œuvre de l’aide en santé, nous notons la tendance positive relative à la France et à l’Allemagne qui n’ont pas utilisé de partenariats publics-privés pour acheminer leur aide entre 2014 et 2016, contrairement au Royaume-Uni et à l’Union européenne.


Contact Presse : Lucie Brousset – lbrousset@ghadvocates.org – 06 58 01 64 47